Appel à contribution in Mélanges Irène Mélikoff

Irène Mélikoff

Fille d’un homme d’affaires fortuné originaire de Bakou et d’Eugénie Mokchanoff, Irène Mélikoff est née le 7 novembre 1917 à Saint-Pétersbourg. Toutefois, quelques semaines après sa naissance, ses parents se sont trouvés dans l’obligation de fuir la Russie, chassés par la vague révolutionnaire. Après un bref séjour en Finlande, la famille se fixa à Paris. C’est ici que grandit la jeune Irène, dans un environnement cosmopolite. A l’âge de quatorze ans, l’adolescente sa laissa saisir par l’Orient, découvrant le Divan de Hafiz, les œuvres de Sa’adi, les quatrains d’Omar Khayyam. Ce fut le début d’un long voyage à travers les littératures, les arts et les courants spirituels du monde turco-iranien, voyage qui trouve peut-être son prolongement, aujourd’hui, dans un autre royaume.

Vers la fin des années 1930, Irène Mélikoff allait entamer des études de turc et de persan à l’Ecole Nationale des Langues Orientales. Elle y bénéficia de l’enseignement de grands maîtres tels que Jean Deny, Adnan Adıvar et Henri Massé. En 1940, ses études furent interrompues pour quelques années par la Seconde Guerre Mondiale et par son mariage avec Faruk Sayar, le successeur d’A. Adıvar aux Langues O. Au lendemain du conflit, après un séjour de sept ans en Turquie, Irène Mélikoff reprit son itinéraire universitaire à Paris, préparant tout à tour un diplôme de persan, un diplôme de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, une licence ès lettres et, enfin, un doctorat ès lettres soutenu à la Sorbonne en 1957.

Parallèlement, dès 1951, avec les encouragements de Paul Lemerle et de Claude Cahen, elle s’était engagée dans une carrière de chercheur au CNRS, carrière qui devait la conduire au grade de maître de recherche en octobre 1963.

En 1968, Irène Mélikoff fut nommée à l’université de Strasbourg, d’abord en qualité de maître de conférences, puis, dès 1969, en tant que professeur titulaire. Ici, très appréciée de ses collègues et notamment du doyen Georges Livet qui présidait aux destinées de la Faculté des Lettres, elle parvint en peu de temps à faire du Département d’études turques une des composantes les plus prestigieuses de la turcologie française. Dans le même temps, secondée par Hossein Beikbaghban, elle assura la direction du Département d’études persanes pendant plusieurs années, contribuant au renouveau de cette spécialité à Strasbourg.

En 1986, vint le moment de la retraite, au terme d’un itinéraire jalonné d’une multitude de travaux marquants. Toutefois, Irène Mélikoff n’allait diminuer en rien ses activités. Durant ses années d’éméritat, elle poursuivit un intense labeur scientifique, participant à de nombreux colloques et congrès, ajoutant des travaux importants à sa liste déjà bien fournie de livres et d’articles.

Fondatrice de la revue internationale d’études turques Turcica, Irène Mélikoff a également participé, aux côtés du Professeur Ömer Lütfi Barkan et de plusieurs autres figures notables de la turcologie, à la création du CIEPO (Comité International d’études pré-ottomanes et ottomanes).

Ses recherches et travaux lui ont valu de nombreuses récompenses et distinctions honorifiques. Promue en 1983 au rang d’officier dans l’ordre des palmes académiques, Irène Mélikoff était aussi membre d’honneur de la Fondation d’histoire turque (Türk Tarih Kurumu), docteur Honoris Causa de l'Université de Bakou et membre d’honneur de l’Union démocratique des intellectuels d’Azerbaïdjan.

Au cours de son riche parcours, Irène Mélikoff a formé un grand nombre de disciples. Ses anciens étudiants, ses amis, ses collègues se souviendront avec émotion de son charisme, de sa vitalité et de ses rares qualités humaines.

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Bruno Etienne

Lois mémorielles ou abus de mémoire

Dzayir

« Terre et soleil d’Afrique,  Algérie lumineuse, indéfinie, inépuisable, prolongement de la joyeuse Provence dans les solitudes  sahariennes, porte ouverte sur le monde noir. Comme elle parut étrange et fascinante aux premiers qui l’abordèrent,  avec ses montagne sombres et ses villes toutes blanches, ses larges plaines, ses déserts luisants et ses hommes farouches, mélange inextricable de tous les peuples de l’Orient et du Nord, rangés en lignes de bataille, religieux comme des moines et braves comme des lions! Soumise aujourd’hui, rompue et pénétrée de toutes parts, elle est toujours attrayante. Les sociétés humaines y meurent sous nos yeux comme des forêts très vieilles ; les nouvelles  s’y entremêlent comme des taillis vigoureux qui leur disputent le soleil, et cette lutte est si longue par rapport à la brièveté de notre vie qu’elle nous donne à loisir des spectacles les plus intéressants du monde. »

Ils restent devant nos yeux, ils subsistent à croire qu'ils dureront toujours, ces nomades venus du fond de l'Orient sur leurs chevaux agiles, escortant les hauts palanquins empanachés qui cachaient leurs femmes peintes; et ces demi-sédentaires blottis sous leurs cabanes pareilles à des vaisseaux renversés, qui ont tenu tête à Saint-Arnaud et à Lamoricière après s'être battus contre les consuls de Rome ; et ces montagnards liés les uns aux autres autour de leurs villages coniques, qui ont vu passer Théodose …; et ces Chananéens des villes saintes du Mezab dont les ancêtres entrelaçaient de vignes les palmiers de Sidon, premiers hérétiques du monde musulman, meurtriers d'Ali, le gendre du Prophète; et ces marabouts, ces voyants et ces saints, graine d'apôtres et de martyrs, isolés comme las ascètes de la haute Egypte ou distribués en confréries contemporaines de Saint-Louis et de Charlemagne et ces nobles du grand Sud nés pour la domination, le luxe et la guerre, grands vassaux du moyen-âge aux limites du monde civilisé et les serfs de ces Religieux, et les serfs de ces 'Nobles, asservis depuis des siècles par la superstition et par la peur, payeurs de dimes, rivés à la glèbe.» (souvenirs d'Afrique,pp14/15)
Emile Masqueray (Né à Rouen 1843, mort à Saint Etienne du Rouvray le 19 août 1894).
En 1880, lorsque l'enseignement supérieur fut organisé à Alger, il fut nommé à la Chaire d'Histoire et d'Antiquité de l'Afrique, et devint le premier directeur de l'Ecole des Lettres d'Alger ; deux postes qu'il occupa jusqu’à sa mort. Il fut le premier à introduire l'anthropologie et la sociologie des Etudes algériennes. Il est considéré par Jacques Berque comme une des figures  les plus brillantes de "la science maghrébine", avec E.F.Gautier E.Doutté et Robert Montagne.