HOMMAGE A MIKEL DE EPALZA

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gran epalzaL’université algérienne doit beaucoup à Mikel de Epalza.  Personnellement, j’ai eu l’occasion, à travers les nombreuses rencontres qu’il organisa à San Carles  et les  Séminaires de la Chaire arabe d’Alicante, d’en découvrir l’homme,  l’humaniste et le maître. Je ne peux être, donc, que parmi ceux qui expriment leur reconnaissance à l’un des plus éminents orientalistes du XIXe siècle à travers ces mélanges que le Laboratoire d’Etude et de Recherche Socio-historiques sur les Mouvements Migratoires lui dédier en signe de gratitude et d’admiration.
  Mikel de Epalza, de nationalité espagnole, est né à Pau (France), en 1938,  victime d’un malheureux accident de circulation, il y a presque un an, au mois de mai 2009, il  nous a quitté à l’âge de soixante dix ans. Humaniste, érudit, lettré, Mikel de Epalza est docteur ès Lettres Arabe (Barcelone 1967) à l’issu d’une thèse sur les polémiques islamo-chrétiennes médiévales. Il a enseigné à l'université de Barcelone, de Lyon, d’Oran, d’Alger (dans les années soixante dix) de Tunis, de Madrid et Alicante. Hispaniste, spécialiste des Morisques (Les Berbères d’Andalousie), et professeur d'arabe et d'études islamiques à l'Université d'Alicante, Il est l’un des plus brillants islamologues du XIXe siècle. Il fut  un fervent défenseur de la civilisation andalouse et milita avec beaucoup d’enthousiasme pour  que l’arabe soit une des langues privilégiées en Espagne après l’Espagnol et le Catalan. Pionnier de l’idée de l’ union méditerranéenne, il œuvra en intellectuel écouté et respecté par le savant et le politique,  pour  le renforcement  des relations bilatérales entre les pays des deux rives de la Méditerranée et la création d’une zone polico-économique , Maghreb-Europe, dépassionnant les tares de l’histoire antagonique et regardant vers l’avenir.

 

Il était fasciné  par l’Histoire des  Morisques au point  qu’il consacre beaucoup de recherches de terrain sur leurs conditions de vie et leurs impacts dans leurs pays d’exil, notamment à Tunis. Sur cette passion, Mikel ne verra pas son nouvelle œuvre (post mortem) : « l'héritage des Morisques d'Espagne à Tunis » qu’il traita avec beaucoup d’ardeur, comme il a passé  toute sa vie à déployer beaucoup d’efforts pour la promotion d’une Histoire de l’Afrique du Nord globalisante et constructive pour une Méditerranée de paix et de tolérance. Réfutant l’idée d’une Méditerranée raciale divisée, il s’oppose à l’argument politique des   «chocs des civilisations ».  Fidel au Maghreb, Il évoque ses années algériennes avec beaucoup de plaisir et de richesses. Il remémore, souvent,  avec nostalgie la beauté extraordinaire de ses paysages et la richesse de son histoire, d’où s’en résulte la civilisation Andalouse qui devient le centre de transmission du savoir universelle.
Mikel de Epalza a reçu « le prix national espagnol de traduction » par l'édition de L'Alcora (2003), la première traduction en catalan du Coran, à laquelle nous avons fait un compte rendu dans la Revue des Sciences de Religions (ASSR- EHSS, Sorbonne, 2003). Il ne cessa, d’ailleurs comme Jacques Berque, de  rappeler dans ses interviews que sa traduction du Coran était la tâche la plus difficile qu’il affronta dans sa carrière d’universitaire ; car  « l’interprétation du Livre saint de l’Islam, selon lui, ne dépend pas seulement de la maîtrise de la langue arabe, mais exige de la sagesse, de la réflexion, de la méditation, du respect de la mémoire, et de la stimulation prophétique de l'histoire ."  A  la traduction du Coran furent annexées cinq de ses études théoriques, ce qui fera un Ouvrage riche de commentaires. Un Coran en langue catalane de plus  (de 1400 pages). 

Mikel a publié une soixantaine d’ouvrages parmi  lesquels nous citons: «Les Maures, avant et après l'expulsion (1992)» ,« Mon frère Anselme Turmeda (Abdallah al-Tarjumân) et sa polémique islamo-chrétienne »( 1994) , « Jésus entre juifs, chrétiens et musulmans Hispaniques (VI-XVII siècles)» (Université de Grenade, 1999),« Le Coran et ses traductions» (Université d'Alicante, 2008). Il publia aussi de  nombreux articles de recherche, dans des revues spécialisées tels : Islamochristiniana , Revues des Langues Romanes, Arabica, Studia Islamica, Studia religiosa,  Revue d’Histoire Maghrébine, Revue des Sciences de Religieux… , notamment  sur les Mudéjares (les chrétiens vivants sous la domination arabe) , les Morisques et l’Histoire d’ Afrique du Nord.

Homme d’enseignement autant comme de pensée, Il contribua en Algérie  à plusieurs travaux de la pensée  islamique et dirigea, lui-même, cycliquement  (1995, 1997,2000, 2003) des séminaires d’érudits sur « les Ribats de l’islam » à San Carles de la Rapita (qui fut la ville frontière à l’époque andalouse entre Dâr al-Islâm et Dâr al-harb) et auxquels nous y avons fait part , et beaucoup de congrès internationaux tel : « Carlos Quinto los Moriscos y el Islam »,  (Charles Quint, les Morisques et l’Islam). Il découvre avec à  María Jesús Rubiera les trois Ribâts de Sharq al-Anldalous au sud d’Alicante .
De Epalza été marié à  María Jesús Rubiera, qui était, elle aussi,  professeur d'arabe et d'études islamiques, elle décède de tristesse deux mois, à peine, après lui.

Kamel FILALI

 

Écrit par Webmaster

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