ENTRE DAMAS ET BROUSSE

( 4 Votes )  ENTRE DAMAS ET BROUSSE, SUR LES TRACES  DES RESISTANTS

 DE MAATKA, D’AIT IRATHEN  ET D’AILLEURS

 

Le jour même de mon arrivée  à Damas,  par le vol matinal d’Air Algérie, le 24 Juillet, 2009,  après m’être Installé  à Abu-Rumana, je me suis dépêché à Harrat al -maghariba, quartier historique, mitoyen entre Bâb al- Mûsalah et Madian. La Mosquée malékite, où l’émir pratiquait la fonction d’Imâm, de khatîb et de Muftî, se dresse majestueusement , en plein coeur de l'ancienne ville, comme un repère sacré chargé de symboles et de mysticité .  Elle s’érige en jalon toponymique  entre la communauté maronite et la communauté musulmane et s'affiche comme un pivot  historique témoignant de  la tolérance de la puissance et du rôle  pionnier  joué par  l’élite algérienne damascène   au XIXe.

A la Balâdiyah (la Mairie) de Swiqah sise à Bâb al-Djabiya (La porte des eaux épuisées : notions qui nous rappellent la toponymie du bas vieux quartier de Constantine)je me rendis  compte que la grande partie de cette communauté issue d’émigrants algériens soumises au changement social s’est déplacée au fil et alias du temps. La plus grande concentration se trouve dans le hayy al-Yermouk . C’est, dans ce quartier dense aux couleurs de béton et aux ruelles labyrinthiques et étroites,  baptisées aux  noms de martyrs algériens tel Mustapha Ben Boulaid ,  que j’ai rencontré pour la première fois quelques éléments de la communauté algérienne.

Dés l'abord, j'ai constaté que les noms des personnes que me présenta Mme Fatima Tayeb évoquent de célèbres patronymes de la résistance anticoloniale et de l’élite maraboutique : Ahmad Abou Djîd Belasel, Ousama Toumi,  descendant des Ouled Ali Oumousa des Maatka, Amazyan (al- Mokhtâr = le doyen de la communauté),  descendant de Mohand Ou al -Hadj des Beni Djennad, exilé à Damas en 1857, ( son frère Amziane Ahmed Ben Boudjema a été proscrit, en 1879,  à la N. Calédonie) et  Chaykh al-Tawâhirî descendant du fameux réformiste  kabyle al-Tahar al-Djazâi’rî, né à Damas en 1851, pionnier de la Nahda  Syrienne . Ces descendants d'émigrants  trés acceuillant et  coopératifs à mon égard. Ils ont aimablement bien voulu transmettre quelques mémoires  et  essayé de contribuer avec enthousiasme aux enquêtes par l’information et le récit d’oralités consignées des anciens. De concert, ils m'ont tous affirmé que lorsque leurs aïeuls avaient émigré en Syrie,  ils obéissaient à un sentiment de foi.   Ils étaient conscients que leur hijra était dictée et soumise à des exigences historiques, patriotiques  et surtout au respect de la tradition mohammadienne.  En effet, la hijra de cette élite combative et savante incarnait le renouveau (al-Tadjdid ) et le renouvèlement du djhad dans la patience et le combat passif. C’est pour cela d’ailleurs qu’ils avaient choisi Dâr al-Islam pour fuir« le joug et  les souillures du mécréant ». Plus qu’une simple terre d'asile, Damas est un haut lieu de l’islam mystique et orthodoxe. Elle est aussi un  lieu de pèlerinage pour les chiites et les chorfas husseinites où reposent moult Imâms,  Saints et Prophètes.  Carrefour de l’Orient, elle fut  une terre privilégiée de toute sorte de migration pour les Maghrébins, depuis le Moyen-âge, et de Djihad  monastique (de chasteté) et de combat pour préserver Dâr al-Islam des empiètements des Croisés. A vrai dire la plus ancienne Hijra algérienne vers Damas était une Hijra de Djihad : c’était à l’époque où Salah al-Din al -Ayubî lançait son mouvement d’anti-croisade à Bilâd al- shâm et en Palestine ; 

puis à l’époque des mamlouk, suscitée par la route de la soie, la hijra maghrébine vers Damas  prit des allures commerçantes pour enfin devenir académique à l’époque ottomane. Les Algériens, fuyant souvent le césarisme ottoman asphyxiant et la vie culturelle et mettant sous verrou les fonctions religieuses malikites notamment tribunitiennes, commençaient à briller sur les pupitres des Ecoles de fiqh et sharî’a. C’est la colonisation française  qui milita en faveur de facteurs excitant  l’esprit traditionnaliste et accentuant le mouvement de la migration de la foi .   Toutefois, en cette deuxième partie du XIXe siècle, à travers sa migration à Bilâd al-Châm,   initiée par le Khalifa Ben Salem en 1847,  l’élite algérienne fougueuse et insurgée contre les potentats coloniaux recherchait dans le repli vers l’Orient musulman sa reconstruction. Le djihad dans cette nouvelle traversée, de ces temps assombris  par le colonialisme, devient un effort d’attente entre-guerres.  Cette migration de foi n’était pas une migration traditionnelle, de changement de cadre de vie et  sans retour ;


 

 comme l’était la hijra Mohammadienne  symboliquement très riche en changements de cadre de vie. La communauté algérienne, d’origine kabyle , était très attachée à ses origines et à son identité et ne perdit  guère contact avec  la mère patrie. Sur le plan officiel, plus récemment, Mme Khalida Toumi,  Ministre de la culture, organisa des retrouvailles  de cette communauté avec  leurs familles ainsi que des colonies de vacances, pour leurs enfants,  au pays des ancêtres. Nos enquêtes de terrain effectuées dans l’ancien Titteri, au printemps, confirment que la région de Miliana, qui s’est érigée en relais du mouvement chérifien et des mythes fondateurs dans un premier temps (XIV /XVe siècle) puis du mouvement chérifien insurgé, contre le joug colonial,(1847-1881) apparait dans certains rapports coloniaux comme un centre de rassemblement d’ émigrants de l’ancien Titteri, et de la Kabylie avant le départ pour Damas, souvent,  par voie de mer à partir de Tunis sans l’autorisation de l’Administration coloniale des ports de  Bougie , de Cherchell et de Dellys. D’après les espaces enquêtées et les archives consultées, nous estimons que les descendants de cette élite,  très attachés aux éléments identitaires berbères, au nombre de quarante  patronymes environs.  Aux noms déjà cités,  nous ajoutons : Ahmad Mohamad al-Zouwawi , âgé de 91 ans,  parlant parfaitement le berbère descendant d’Omar wa al- Hadj émigré à Damas, en 1856 et que nous avons rencontré à Noula, dans le Fahs de Damas. Les Mohand Ou Sherif, les Qadi, les Bahloul, les Touati, les Ghris, les Ait sadîk, les Djoudi, les Amrouche, les Darradji, les Ou Rabah, les Zouwawi, les Arrab, , les Yahia, les Djennad , les Maada, les Ben Arous (descendants du marabout vénéré des Ouled.Allane banni avec toute sa famille, par le colonel Robert, à Damas en 1854).  Ces noms consultés et vérifiés sur le sijal al-anfaâs de la Baladiaya de swîqa ont été confirmés et complétés par d’autres archives aimablement communiquées par le shaykh Abdel-razak al-Tawâhirî. Les recoupements préliminaires de nos archives écrites et orales montrent,  aussi, que certaines de ces familles résistantes et insurgées ont fait objet de la hijra et du tahjîr (de migration et d’exil) lors des quatre grands mouvements de résistance en Kabylie de 1854, de 1857 , de 1860 et de 1871, c’est pour cela d’ailleurs qu’on les appelle les Mûhajjârûn. Décidée à éteindre tous les foyers de sciences, et ternir les blasons de chefferies et de guidances,  la colonisation ne leur a laissé aucun moment de répit. Elle utilisait le bannissement, l’exil et l’incitation à la hijra comme moyen de vider les terres de sa crème savante, de sa noblesse et  de son élite fougueuse. Et  essayait ainsi d’annihiler toute chance de reconstitution du mouvement de résistance.

C’est pour cela qu’on retrouve  les mêmes membres de familles éparpillés entre Bilâd al-Châm (Damas et Tarabulûs al-Charq), la Palestine et la Nouvelle Calédonie, terre d’exil forcé lors des insurrections de 1871-1881 qui était , en fait, une continuation du mouvement de résistance initié en  1836.  Nous citons comme exemple les descendants de si M’hamed Amaziane l’aïeul du doyen des algériens à Damas, sus cité, et son fils Amor wa al-Hadj dit Oumaziane  exilé à  la Nouvelle Calédonie.  Al-Hûssin Ben Zahmoum, fils aîné du Hadj Mohamed Ben Zahmoun , chaykh des Flissa, qui défendit fougeusement  Staoueli et contribua à la défense de Blida avec son goum kabyle ,  fut exilé à Smyrne en Turquie, en 1857;  B. Belkasem B. Arezki ds Aît Yahia exilé en 1861 à Smyrne également, Ali B.Ahmed des Maatka a fuit en 1866, la géhenne coloniale pour Smyrne.

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